Michel Mainil New Quartet
Michel Mainil (Ts) Peter Hertmans (Guit) Christophe Devisscher (Cb) Bruno Castellucci (Dms)
Recorded live at the Music Village (Brussels) from July 7th to 11th 2015 by Mario Benvenuto – Mixed and mastered by Michel Andina Travers Emotion TRA 023
Tracklist :
Night Dreamer (Wayne Shorter) – Strode Rode (Sonny Rollins) – Soul Eyes (Mal Waldron) – Serenity (Joe Henderson) –
Simone (Frank Foster) – Secret Love (Sammy Fain) – It Never Entered My Mind (Richard Rodgers) – DC Blues (Peter Hertmans) –
Cedar’s Blues (Cedar Walton)

Jean-Pol Schroeder, Directeur Maison du Jazz de Liège – Si vous avez raté le début…
Au-delà de ses talents de saxophoniste amoureux de Rollins et de Coltrane, Michel Mainil nous rappelle ici deux de ses principales qualités: la pertinence avec laquelle il construit son répertoire et l’excellence du choix de ses partenaires.
Pour respecter l’air du temps et les desiderata des producteurs, beaucoup de jazzmen s’obligent aujourd’hui à jouer au compositeur, même s’ils n’en ont pas vraiment l’étoffe. Point de cela ici, sa grande connaissance du jazz et de son histoire permettent à Michel Mainil de nous proposer un choix de thèmes d’une qualité d’écriture indéniable.
La grande idée de ce projet est d’avoir installé à la tête de la section rythmique un musicien bien trop peu souvent placé sous les projecteurs: Peter Hertmans, qui est ici tout simplement impérial. Point barre. Dans un contexte live sans filet, sans en faire trop, il nous offre une série de chorus d’une qualité exceptionnelle, nous rappelant qu’un grand modeste peut aussi cacher un musicien magistral. Ajoutez à la sauce le talent fait de classicisme et d’ouverture de Christophe Devisscher et de Bruno Castellucci, et vous aurez une idée du groove qui sous-tend ce nouvel épisode des aventures de Michel Mainil au pays du jazz éternel.
Pierre Dulieu – Dragon Jazz – Un nouveau disque du saxophoniste Michel Mainil, c’est toujours l’assurance de passer un bon moment. Non seulement, l’homme est un souffleur de première qui s’inscrit par sa technique et son énergie dans la filiation de ténors comme Coleman Hawkins, Sonny Rollins et John Coltrane mais ses projets sont à chaque fois bien pensés et suffisamment différents d’un disque à l’autre. Ainsi après l’excellent Spanish Jazz Project de l’année dernière, voici If You Missed The Beginning enregistré en concert avec un nouveau quartet au son moderne. Car en plus de la rythmique pétillante composée de Christophe Devisscher à la contrebasse et du vétéran Bruno Castellucci à la batterie, Mainil a fait appel au guitariste Peter Hertmans qui colore la musique de sa sonorité particulière, quelque part entre Bill Frisel et John Abercrombie. Mis à part DC Blues écrit par Hertmans, tous les titres sont des reprises de thèmes empruntés aux plus grands noms du jazz si bien qu’on n’a aucun effort à faire pour s’habituer à de nouvelles grilles d’accords. On est tout de suite dans le bain, au coeur d’une musique qui tourne à plein régime.
Le très beau Night Dreamer de Wayne Sorter, premier titre du répertoire, séduit d’emblée. Dans ce quartet sans piano, c’est la guitare qui fait les harmonies quand elle ne s’envole pas en de belles improvisations cohérentes, solides et sans effets inutiles. Strode Rode de Sonny Rollins est le véhicule idéal pour le saxophoniste qui peut laisser libre cours à sa verve naturelle et rendre ainsi hommage à l’un de ses plus évidents inspirateurs. Un autre grand moment est la ballade Soul Eyes de Mal Waldron, enregistrée jadis par le tandem de ténors Bobby Jaspar et John Coltrane, ici transcendée par le lyrisme des deux solistes et leur interaction. Quant à DC Blues, il se situe dans un style post-bop cohérent avec le reste et donne l’occasion à Michel Mainil d’extrapoler avec ferveur un solo d’anthologie de plus de trois minutes. Avec une classe authentique, son discours galvanisé par une rythmique implacable est marqué aussi bien par la tradition d’une approche mainstream que par l’intensité du jazz libertaire.
Serenity est un titre que Hertmans connaît bien pour l’avoir joué il y a une vingtaine d’années dans une configuration similaire avec Ode For Joe. La version avec Jeroen Van Herzeele était superbe et celle-ci ne l’est pas moins, ce thème de Joe Henderson étant un formidable tremplin pour les deux solistes. Ça boppe encore du tonnerre avec le Cedar’s Blues du pianiste Cedar Walton et dans le feu de l’action, tant la prise de son et la précision des musiciens sont exceptionnelles, on a déjà oublié que ce disque a été enregistré sur scène (donc sans filet, même si une sélection a été opérée pour choisir les meilleures prises des différents concerts), ce que vient nous rappeler en finale les applaudissements peu nourris mais enthousiastes du public du Music Village. Depuis Water And Other Games sorti en 2004, Michel Mainil n’a enregistré que des bons disques mais cette dernière production a vraiment une pêche d’enfer!